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Manifestations scientifiques » Colloques » C 25-26/01/2008 Républiques en miroir. Le Directoire devant la Révolution atlantique

Institut d'Histoire de la Révolution Française (IHRF)

 

IHRF-IHMC
(UMR8066, CNRS/ENS/Paris 1)

 

Fondé en 1937 à l’initiative de Georges Lefebvre, l’Institut d'Histoire de la Révolution Française est rattaché à l’UFR d’Histoire (09) de l’Université Paris 1 - Panthéon-Sorbonne.
Présentation complète

 

17, rue de la Sorbonne

Esc. C, 3e étage

75005 Paris

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Chargé de communication

Opens window for sending emailAlexis Darbon

 

Bibliothèque

Lundi et mardi : 14 h – 17 h 30
Mercredi : 9 h 30 – 13 h | 14 h – 17 h 30
Jeudi : 9 h 30 – 13 h
Vendredi : 9 h 30 – 13 h | 14 h – 16 h
 

Thomas Corpet

Tél. : 01 40 46 33 70

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C 25-26/01/2008 Républiques en miroir. Le Directoire devant la Révolution atlantique

Républiques en miroir. Le Directoire devant la Révolution atlantique. Modélisations, confrontations, interréciprocité des républiques naissantes.

Colloque international organisé les 25 et 26 janvier 2008 Organisé au sein du Centre d’Histoire Moderne et des Révolutions (CHMR), par l’Institut d’Histoire de la Révolution française, l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), le CNRS, et le département des Sciences historiques de l’Université de Milan.

Présentation
Le Colloque international « Républiques en miroir » tente de renverser la notion de « Grande Nation » en posant la question des influences étrangères en France entre 1795 et 1799. Vingt ans après la proclamation de l’indépendance des Etats Unis, comment l’idée, les pratiques, les constitutions républicaines ont-elles voyagé, comment ont-elles été traduites et pensées ? Comment le concept de « Révolution atlantique » peut-il éclairer l’expérience de ces années, 1795-1799, si riches en événements ? De l’Amérique du Sud et du nord, aux extrémités orientales du bassin méditerranéen, en passant par l’Europe occidentale, le modèle républicain est discuté, comparé, critiqué, étudié. Il ne s’agit pas de nier la dimension du conflit européen, et la violence des campagnes militaires mais de comprendre comment malgré l’affrontement, la République demeure une idée ouverte, comment la République française reste sensible aux idées étrangères, aux modèles étrangers, et en retour peut les influencer. Le Directoire présente bien plus qu’une expérience républicaine à redécouvrir, il offre un laboratoire de la modernité politique, un espace des échanges européens, encore à étudier.

Comité scientifique
Pierre Serna ( Université de Paris I, IHRF/ CHMR, MCF-HDR) responsable du comité scientifique)

Manuela Albertone ( Université de Turin-Italie)

Jean-Luc Chappey ( Université de Paris I- IHRF/ CHMR)

Antonio de Francesco ( Université de Milan- Italie)

Annie Jourdan ( Université d’Amsterdam-Pays-Bas)

Jean-Clément Martin (Université de Paris I. Directeur de l’IHRF/ CHMR)

Jeremy Popkin ( Université de Kentucky-Usa)

***

Programme

Vendredi 25 janvier 2008

Matin (9h 30- 13 heures)

9 h 00 - 9h 30 : Accueil des participants

9 h 30 : Ouverture du colloque : Grado G. Merlo, Directeur du Dipartimento di scienze delle storia e della documentazione storica de l’Universita degli studi di Milano

9h40. Présentation Pierre SERNA (Université de Paris I/IHRF). Introduction : En finir avec la Grande Nation, comprendre une ébauche de républicanisme européen et atlantique.

I. Déconstruire le mythe de la Grande Nation, comprendre une république européenne.

Présidence : Patrice HIGONNET, Université d’Harvard (USA)

9 h 50. Michel TROPER (Université de Paris X). La question du bicaméralisme en l’an III.
On a été souvent tenté de présenter la constitution de l’an III comme la première à avoir institué le bicaméralisme. Comme le modèle dominant était l’Angleterre et que ce modèle a eu une influence considérable sur la constitution américain, on explique parfois le bicaméralisme de l’an III par une influence anglo-saxonne. Cette vision paraît cependant doublement contestable : d’une part les deux conseils n’ont pas été considérés comme des assemblées séparées, mais comme deux sections d’un même corps ; ils n’ont pas été structurés et ne se sont d’ailleurs pas comportés comme des assemblées d’un Parlement bicaméral. D’autre part, cette structure ne doit que très peu aux exemples anglais et américain.

10 h 20. Anne VERJUS (Triangle - ENS-LSH, Lyon). Modèles familiaux et détention de l’autorité politique : la France au miroir de l’Amérique coloniale à l’époque directoriale.
A la fin du XVIIIème siècle, une partie des élites intellectuelles, en France comme en Amérique, conditionnent l’établissement de la République à la limitation de l’ancienne puissance patriarcale. Rejetant globalement le modèle théocratique de la dévolution du pouvoir, ces théoriciens s’appuient sur des références renouvelées pour promouvoir des formes d’autorité politique et sociale acceptables, c’est-à-dire à la fois limitées et justifiées par la Raison. Au sein de ces références renouvelées, la « famille naturelle » tient une place de premier plan. C’est cette « famille naturelle » qui se substitue, dans l’ordre des discours politiques, à la famille patriarcale issue des écritures saintes. A cet égard, on peut dire que ces Républicains, qu’ils soient français ou américains, se rejoignent dans leur rejet du modèle patriarcaliste, qu’il soit hérité de Bossuet ou de Filmer. Mais quels modèles familiaux leur substituent-ils ? Le père doit-il être, selon un schéma fusionnel, un démocrate dans sa famille comme il l’est dans la Cité ? ou au contraire, selon un schéma dialectique, doit-il régner en roi dans sa famille pour n’en être pas un dans la société des citoyens égaux ? Ces questions sont au cœur du débat français, en particulier sous le Directoire, alors que s’élabore une pensée conservatrice de l’ordre républicain. On les retrouve également à la fin de la période dite « coloniale », à la veille de l’établissement de la République des états-Unis. Dans cette communication, nous nous attacherons à étudier ce discours sur la famille dans ses dimensions politiques, c’est-à-dire, lorsqu’il a vocation à structurer d’autres relations que celles entre les membres de la famille et que la famille y est présentée comme un modèle intellectuel de dévolution de l’autorité et des conditions de son exercice dans l’espace social et politique. Le cadre temporel et géographique sera celui de la France directoriale et de l’Amérique coloniale ; le corpus sera constitué, pour la France d’un matériau archivistique (Concours de l’Institut sur l’autorité du père de famille, 1797-1800) et pour l’Amérique, d’une sélection des travaux de seconde main publiés depuis les années 1980 sur cette période. Faute de pouvoir opérer une comparaison à partir de matériaux aussi disparates, nous repérerons les points de rapprochement ou de différenciation entre les « modèles familiaux de dévolution de l’autorité politique et sociale » des deux Nations.

10 h 50. Discussion/ Pause

11h 15. Dominique MARGAIRAZ (Paris I/IDHE) et Christine LEBEAU (Université de Paris I/ CRHM). Les savoirs d’Etat à l’épreuve de la République. L’exposé reviendra sur la question de l’agrégation des territoires conquis entre 1796-1799 du point de vue des savoirs administratifs. En comparaison de l’expérience autrichienne qui s’étend sur près de quatre-vingt ans, ce sont à peine quatre années qui mettent en jeu stéréotypes, connaissances acquises au préalable, quête d’information locale avant de pouvoir produire un transfert en retour. Les pays qu’il s’agit de transformer sont aussi des pays qui se sont déjà donnés à voir aux Autrichiens par des mémoires et des statistiques réalisés ad hoc. Quel miroir ont-ils tendu et quelle connaissance en a l’administration française ? Quelles évolutions peut-on observer après 1796, inventions statistiques françaises ou nouvelles formes d’interaction produites par la Révolution ?

11h 45. Bernard GAINOT (Université de Paris I/IHRF). Vers une alternative à la grande nation, le projet d’une confédération des Etats nations en 1799.
Le Directoire s’est véritablement effondré en juin 1799, et par voie de conséquence, sont alors levées un certain nombre d’équivoques, dont la rhétorique de « la Grande Nation », qui couvrait l’expansion française du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Surgit alors, dans ce contexte bien spécifique de l’été 1799, la revendication d’une Confédération européenne de républiques souveraines. Cette revendication est inséparable de la critique virulente de la politique du Second Directoire (donc de la Grande Nation), et du caractère radical des guerres de la Deuxième Coalition, affrontement idéologique entre les monarchies et les républiques. Cette revendication est-elle nouvelle, sachant que des projets de fédération européenne avaient vu le jour au cours de la décennie révolutionnaire ? La nouveauté réside essentiellement dans la diffusion d’un modèle constitutionnel, celui de la Confédération républicaine. Cette dimension est soulignée aussi bien par ses partisans (Briot, Jullien), que par ses adversaires (Mallet du Pan). Brumaire clôt une période dont l’intérêt est d’avoir ouvert le champ des possibles, ramenant un conflit de haute intensité aux règles du jeu traditionnel de l’équilibre des puissances, et reléguant la Confédération des républiques européennes au magasin des utopies sans lendemains. Nous essaierons pourtant de tisser un lien ténu entre le courant démocratique de l’an VII et les projets saint-simoniens de la période suivante.

12 h 15. Virginie MARTIN (Université de Paris I/IHRF). Du modèle à la pratique ou des pratiques aux modèles ? La diplomatie républicaine du Directoire.
Entre 1795 et 1799, la nécessité « d’inventer une autre diplomatie » s’inscrit pleinement dans la stratégie de stabilisation politique poursuivie par le Directoire : à l’encontre du modèle honni de la diplomatie d’Ancien Régime, mais aussi du modèle expérimenté entre 1792 et 1794 d’une « diplomatie révolutionnaire », la diplomatie « républicaine » recherchée par le Directoire hésite entre plusieurs définitions. La naissance des Républiques-sœurs amène une remise en question complète des rapports de la « Grande Nation » avec le reste de l’Europe, qui ne sauraient se résumer aux rapports unilatéraux que l’historiographie s’est attachée à décrire. Les agents diplomatiques ne sont pas seulement les agents de la « Grande Nation », mettant en œuvre, au même titre que les autres agents politiques du Directoire, une politique « cynique » d’assujettissement de ces Etats soumis plutôt qu’alliés : à travers leur pratique d’une diplomatie nouvelle, qui ne correspondait pas nécessairement au modèle posé à Paris, ils ont été les vecteurs d’un dialogue et d’un échange entre les Républiques européennes, qui a, en retour, contribué à redéfinir le rôle de la France dans l’équilibre européen. Ainsi, plusieurs modèles concurrents sont nés de cette pratique aléatoire de la diplomatie, expliquant dans une certaine mesure la marche vacillante de la politique extérieure du Directoire.

12 h 45. Discussion

13 h - 14 h 30. Pause déjeuner

***

Après-midi (14 h 30-18 h)

II. L’Amérique en question : des révolutions aux « républiques atlantiques »

Présidence : Antonio DE FRANCESCO, Université de Milan (Italie)

14 h 30. Manuela ALBERTONE (Université de Turin – Italie). Les fondements de la république moderne. France et Amérique : un échange mutuel à la fin du XVIIIe siècle.
Cette communication vise à reconstruire une phase de la circulation des idées et des modèles entre la France et l’Amérique et se concentre sur la valeur républicaine du rapport économie-politique. Elle se propose de mettre en évidence les fondements économiques de l’idée moderne de république par la continuité de la tradition du rationalisme politique français à travers notamment : le lien propriété-représentation dans les auteurs physiocrates, la réflexion de Turgot sur la république américaine, les projets du groupe des Américanistes et de Condorcet en particulier, la réception de la culture politico-économique française par Thomas Jefferson et son apport à la réflexion économique française post-physiocratique, à travers ses liens avec Du Pont de Nemours et les Idéologues. Ce même apport visait à perpétuer un rapport économie-politique qui, tout appartenant au XVIIIe siècle (voir le mythe de Condorcet dans « La Décade philosophique »), s’était enrichi des expériences révolutionnaires. Dans le cadre de l’intérêt pour la période post-thermidorienne, conçue comme laboratoire politique, on a choisi de se concentrer sur l’économie politique, en tant que voie pour stabiliser la révolution et la république. De Destutt de Tracy à J.-B. Say la réflexion sur l’économie n’avait pas en vue uniquement de terminer la révolution, mais plutôt de l’accomplir, par un élargissement dans la distribution de la richesse (la classe mitoyenne de J.-B. Say), qui découlait de l’idée de progrès des Lumières. On est donc en mesure de renouer les liens entre deux attitudes qui se rencontrent : avant 1789, on envisageait une révolution sans un bouleversement violent (les projets physiocratiques et leurs implications politiques et sociales, les réformes de Turgot, la mathématique sociale de Condorcet), après 1794 on visait à stabiliser les résultats de la révolution par la défense de la république, dont les fondements économiques n’échappèrent pas à Jefferson et à ses interlocuteurs français.

15 h. Marc BELISSA (Université de Paris-X). La République américaine vue par les républicains français sous le Directoire.
Comment les républicains "avancés" ou "démocrates", selon la terminologie d’Alphonse Aulard, voient-ils la République américaine entre novembre 1794 et 1800, c’est-à-dire entre la signature du traité anglo-américain connu sous le nom de son négociateur John Jay et la convention de Mortefontaine qui met fin à l’alliance franco-américaine ? Est-elle unilatéralement envisagée comme une république potentiellement alliée ? ou plutôt comme un contre-modèle républicain ? La question des relations diplomatico-commerciales entre la France et les États-Unis pendant le Directoire a été largement traitée par l’historiographie française et américaine mais peu d’études, à part celle de Max Fajn sur le Journal des Hommes Libres il y a un peu plus de trente ans, ont cherché à utiliser la presse pour y trouver les éléments d’une vision particulière de la République fédérale américaine dans les débats politiques sous le Directoire. Bien évidemment, un relevé exhaustif de la presse, même limité aux titres les plus "avancés", aurait nécessité une thèse, je me suis contenté ici de dépouiller deux des journaux les plus intéressants de ce point de vue, à savoir Le Bien informé qui compte notamment Thomas Paine parmi ses collaborateurs, et le Journal des Hommes Libres de tous les pays et ses avatars, qui recèle encore bien des éléments intéressants à relire.

15 h 30. Discussion. Pause

16 h. Jeremy POPKIN (Université de Kentucky – USA). Saint-Domingue entre colonie et république, 1794-1801.
Trois événements survenus au printemps 1794 marquent la fin de ce qu’on peut appeler la première crise révolutionnaire à Saint-Domingue et le commencement d’une période plus stable. Le ralliement de Toussaint Louverture à la cause française en mai 1794, la promulgation du décret de 16 pluviôse II abolissant l’esclavage, et le rappel des commissaires civils Sonthonax et Polverel permettaient aux forces françaises—constituées désormais majoritairement de soldats noirs—d’arrêter l’invasion anglaise et d’essayer d’établir une régime qui, comme le Directoire, essayait de réconcilier les principes républicains et l’ordre. Comme en France, cet effort n’allait pas aboutir : la constitution élaborée par Toussaint Louverture en 1801 esquissait un régime aussi autoritaire et conservateur que celui de Bonaparte. Comme en France aussi, nous sommes amenés à demander si une autre issue aurait été possible, et à peser le poids des interventions métropolitaines comme des développements internes à la colonie dans le déroulement des événements.

17 h. Maria Mathilde BENZONI (Université de Milan - Italie).Une vice royauté américaine face au système des révolutions atlantiques. La Nouvelle Espagne à l’époque du Directoire.
Pour sa centralité stratégique dans le système impérial espagnol et sa proximité avec les Etats-Unis, la Nouvelle Espagne est un des grands protagonistes de l’âge des révolutions atlantiques. Il s’agit toutefois d’un protagoniste pour ainsi dire réticent : la Nouvelle Espagne a en effet été contrainte par la conjoncture internationale à se mesurer avec les imposantes transformations géopolitiques, politiques, institutionnelles, économiques, commerciales, idéologiques et culturelles qui ont bouleversé le monde euro-atlantique entre les dernières décennies du XVIIIe siècle et les débuts du XIXe. En faisant de la Nouvelle Espagne à l’époque du Directoire un point d’observation privilégié, notre contribution se propose d’esquisser le profil historique de la décomposition de l’ordre colonial. On essaiera plus précisément de recomposer dans un développement commun les différentes dimensions de ce phénomène historique. Pour cela, on tiendra compte de la relation global-local, longue durée-brève période, structures-conjoncture, aussi bien que de la relation transfert-réception des modèles… On vise de cette façon à faire mieux ressortir les origines de l’Indépendance à la fois tardive (1821) et conservatrice du Mexique, tout en analysant la formation de la question de la Frontière avec les états-Unis. Il s’agit d’une question à la fois territoriale, politique et idéologique très importante qui commence à se profiler d’une façon nouvelle dans l’espace américain, précisément à l’époque du Directoire.

17 h 30. Discussion

19 h. Cocktail (Appartement Decanal – Université Paris I/Panthéon).

***

Samedi 26 janvier 2008

Matin ( 9 h 30- 13 h)

III. La république cosmopolite des savants et des intellectuels à l’œuvre

Présidence : Christine LEBEAU Université de Paris I

9 h 30. Jean–Luc CHAPPEY (Université de Paris I/IHRF). Idéologie et perspectives européennes de l’idée républicaine sous le Directoire : enjeux politiques et scientifiques de la diffusion des théories de John Brown.
La notion d’ « Idéologues » est encore utilisée pour donner une cohérence institutionnelle et théorique à une configuration intellectuelle et politique considérée comme le foyer de « l’idée républicaine en France » et de sa diffusion en Europe dans le cadre de la Grande Nation. Or, considérant les renouvellements historiographiques récents, en France comme en Europe, concernant les analyses des « transferts » intellectuels et des réseaux politiques de la période directoriale, il semble nécessaire de se détacher de cette notion pour lever le voile sur des configurations théoriques et des réseaux de solidarités qui, trop souvent considérées comme « mineurs » ou « aberrants », ont pourtant joué un rôle majeur dans les dynamiques de l’idée républicaine en Europe. Parmi ceux-ci, les théories scientifiques du médecin écossais John Brown (1735-1788) semblent occuper une position particulièrement importante dans la diffusion et la formalisation du/des républicanisme(s) en Grande-Bretagne, en Italie, en Allemagne, mais également aux Etats-Unis, la France des Idéologues ayant -semble-t-il- échappé au phénomène. En tenant de reconstituer les réseaux, les pratiques et les acteurs de cette configuration encore trop peu connue, je voudrais justement m’interroger sur le rôle qu’elle a pu jouer dans la dynamique politique et intellectuelle du Directoire et montrer ainsi que le « roman des origines » de l’idée républicaine en France ne peut se réduire à une perspective franco-française.

10 h. Maïté BOUYSSY (Université de Paris I). Loin des idéologues. Apports et références de l’humanisme européen chez Bertrand Barère sous le Directoire.
Sous le Directoire, Barère exclu de toute fonction et même sévèrement clandestin à Bordeaux puis chez la comtesse Guibert prépare De la pensée du gouvernement et son livre sur Montesquieu. Sa méditation sur la meilleure constitution possible est celui d’un homme fidèle aux Lumières. Il considère la politique et le monde comme une mécanique newtonienne dont la constitution doit intervenir sur les mœurs, qui, à terme la soutiendront, comme le grand ressort d’une montre suisse. La critique politique des hommes lui fait reprendre un classique tel que Tesauro dont il commence à traduire la philosophie morale en même temps qu’il s’intéresse au théoricien de la raison d’Etat. L’Antiquité n’est pas un modèle absolu, Socrate, Confucius ou Zoroastre y voisinent avec Atticus, Cicéron et « Jésus-Christ qui en occupe la plus sublime partie » mais Montaigne et Rousseau ne sont pas exclus ; cet humanisme éclectique restitue à la Révolution un rôle pionnier et précurseur mais non modélisant car cette question n’a pas de sens puisque avec Vico, et dès avant sa rencontre avec Cuoco, Barère situe dans la nature des peuples des composantes historiques et sociales par où il pose son expertise.

10 h 50. Discussion / pause

11h 30. Rachel HAMMERSLEY (Université de Newcastle – Grande-Bretagne). La France contre l’Angleterre, tout contre, ou lire les textes des républicains anglais au temps du Directoire.
It has long been a commonplace that the influence of English political ideas in revolutionary France came to an end with the National Assembly’s decision to adopt a unicameral legislature and a suspensive royal veto in the autumn of 1789. While it is easy to see why this might have been the case, it simply does not fit the evidence. As the accounts of English history and translations of English works published during the Revolution make clear, English ideas – and especially English republican ideas that emerged out of England’s own republican experiment in the mid-seventeenth century – were well known to French political leaders and were drawn upon by them at various points throughout the revolutionary period. This paper will focus on the era of the Directory and will consider the translations of English republican works in circulation at that time, the reviews of those works that appeared in newspapers and journals, and the uses to which the ideas contained within them were put by members of the political elite, including figures such as Emmanuel-Joseph Sièyes, Antoine Boulay ‘de la Meurthe’ and Bertrand Barère.

12 h. Hervé LEUWERS (Université de Lille). Une justice républicaine dans l’Europe du Directoire ? Représentations, influences, convergences.
A lire les écrits des ministres et députés du Directoire, le doute n’est pas permis ; la France directoriale dispose d’une justice républicaine ! Derrière ce discours - et ses variantes -, le jeu des références étonne cependant par son caractère traditionnel, qui rappelle les débats de l’Assemblée constituante. C’est l’exemple anglais qui est mobilisé dans le débat sur le jury et la question intentionnelle, c’est l’Angleterre, les expériences de Joseph II et, éventuellement, la Rome antique que l’on convoque dans le débat sur le droit pénal… et l’expérience française lorsqu’il s’agit d’évoquer les auxiliaires de justice. Au-delà des expériences républicaines, le modèle de justice qui s’élabore n’est-il pas avant tout à inscrire dans un long XVIIIe siècle ? Et les modalités de sa construction ne sont-elles pas également à rechercher du côté des convergences d’expériences, ou de celui de l’adaptation républicaine d’héritages divers ?

12 h 30. Discussion

13 h - 14 h 30. Pause déjeuner

***

Après-midi (14 h 30-18 h 30)

IV. Les patriotes européens et les modèles républicains en miroir

Présidence : Manuela ALBERTONE ( Université de Turin - Italie)

14 h 30. Antonio DE FRANCESCO (Université de Milan). Les patriotes italiens devant le modèle directorial français.
Longtemps l’historiographie a étudié les formes du radicalisme révolutionnaire italien sous la forme d’une opposition acharnée à la politique du Directoire. Dès la défaite de 1799, d’ailleurs, le Directoire fut accusé par les exilés en France d’avoir exploité les républiques soeurs et d’avoir empêché l’unification politique italienne. Cette accusation d’avoir fait commerce de la nation voisine s’est largement maintenue dans la culture politique italienne, en faisant du Directoire l’exemple de la politique de conquête de la France par rapport à l’Italie, aboutissant, dans la première moitié de XXe siècle, à une lecture nationaliste aux traits largement chauvins. Après la seconde guerre mondiale, la dimension strictement nationaliste disparut, mais le discrédit du Directoire a été conservé. Cette fois-ci une interprétation différente du point de vue idéologique en faisait le fossoyeur de la démocratie italienne. C’est pourquoi, il est temps, pour une historiographie devenue plus sereine, de revenir sur cette image reçue et d’envisager de façon bien différente le rapport entretenu par les républiques italiennes et le Directoire, en abordant la question de la naissance d’une politique démocratique commune, à la France comme à l’Italie, fort inspirée de la constitution de 1795. Les fortunes de la charte de l’an III même parmi les radicaux italiens - un thème largement méconnu (ou plutôt exclu de toute prise en compte) - nous offrent la possibilité d’indiquer une belle piste de recherche à ce propos.

15 h. Annie JOURDAN (Université d’Amsterdam – Pays-Bas). République française, République batave : le moment constitutionnel. Affinités et dissemblances.
Mon intervention portera sur la réalisation de la constitution batave ; sur les discussions qui se sont succédées à ce sujet de mars 1796 à mars 1798. L’approche sera empruntée à la théorie des transferts politiques afin de mieux distinguer ce qui est caractéristique à la République sœur et en quoi elle diffère de la France. Contrairement en effet à ce qui a été depuis toujours soutenu, les sources récemment imprimées sur les séances des Comités de Constitution permettent de contester la « francité » du texte constitutionnel de 1798 et d’affiner l’interprétation. Et s’il est vrai que la République batave se tourne régulièrement vers la France, c’est pour comparer, critiquer et améliorer les trois précédents français de 1791, de 1793 et de 1795. C’est dire, comme le formule fort bien Marcel Gauchet, que « la familiarité avec le modèle n’engendre pas l’imitation mais l’émulation ». L’exemple de la Constitution batave confirme à merveille la justesse de cette observation.

15 h 30. Discussion / Pause.

16 h. Javier Fernandez SEBASTIAN (Université du pays basque, Bilbao - Espagne). L’Espagne des premiers libéraux devant la Révolution atlantique au temps du Directoire.
À l’occasion de la paix de Bâle, la Monarchie espagnole changea subitement sa politique vis-à-vis de la République française, en passant en quelques mois de la guerre contre la Convention à une sorte d’alliance-subordination avec le Directoire, ce qui devait entraîner un antagonisme croissant avec l’Angleterre. Dans ce contexte, les Espagnols allaient se trouver plus exposés que jamais à l’influence des auteurs et des modes françaises, comme l’attestent bien des textes de ce tournant du XVIIIe siècle. Pourtant, la perception de la République française –et de la République tout court– était généralement tout à fait négative, autant dans la Péninsule Ibérique que dans l’Amérique espagnole, en particulier dans les milieux traditionnels. Mon intervention vise à dégager quelques traits des visions dominantes du régime républicain français parmi les élites espagnoles, ainsi qu’à rendre compte de quelques conspirations républicaines qui eurent lieu dans l’Espagne de l’époque.

16 h 30. Antoine BROUSSY (Université de Paris I/IHRF). Penser le modèle républicain ? La Suisse de 1798 et le Directoire, influences croisées.
L’historiographie helvétique traditionnelle retient de 1798 la date malheureuse de l’invasion du territoire de la Confédération par la Grande Nation, sa mise en coupe réglée et l’importation d’une constitution unitaire, considérée comme un véritable contresens historique. Elle s’accorde ainsi en général pour faire de la révolution et la création de la République helvétique des événements de l’extérieur, presque étrangers aux Suisses eux-mêmes, hormis pour une poignée de patriotes. Cet article voudrait proposer une lecture des relations entre les différents protagonistes qui nuancerait cette interprétation. Au cœur de l’analyse surgit la question du modèle républicain et de son corollaire, la liberté. Du côté helvétique, en effet, tous les acteurs sont persuadés, soit de régénérer, soit de défendre, un modèle républicain et une forme de liberté. Les malentendus sur le sens de ces notions sont par ailleurs accentués par l’immixtion, dans le contexte helvétique, du modèle ou du repoussoir qu’incarne le Directoire français. Dans ce jeu complexe, il semble néanmoins que le projet de révolution de la Suisse passe moins par la transposition pure et simple d’un modèle étranger que par la volonté des patriotes de construire un système original prenant en considération les particularismes de l’ancienne Confédération. Projet miné par une situation intérieure et extérieure conflictuelle mais qui constitue, pour la Suisse, une première étape vers la modernité politique.

17 h. Susanne LACHENICHT (Université de Hambourg – Allemagne). La république française et les républiques sœurs en Allemagne. Itinéraires intellectuels et mises en scène.
Cette contribution prendra pour objet la manière dont les Allemands ont perçu le Directoire. Il s’agit donc d’une analyse et d’une comparaison des programmes français et allemand visant à établir de nouvelles républiques en dehors de la France et des initiatives franco-allemandes entre 1795 et 1799 visant à mettre en œuvre ces programmes. Il s’agit de de réviser le concept de « grande nation », non pour faire des autres Européens des « malheureuses victimes » des Français mais, au contraire, pour remettre à plat les notions de république, de républicanisme, et de concept de révolution atlantique dans un cadre trans-national. L’on verra comment ces données ont joué dans l’élaboration d’un socle culturel commun durant le Directoire et comment les échanges, les confrontations entre les anciens et les nouveaux modèles, tant pratiques que théoriques, ont fonctionné. Enfin, cette contribution analysera comment ces pratiques ont modifié la perception du jacobinisme français au sein des cercles jacobins allemands, tant en terre d’exil qu’en Allemagne. En somme : comment la perception du Directoire change-t-elle au fur et à mesure que les essais d’établir des républiques-sœurs en-dehors de la France échouent ?

17 h 30. Discussion

17 h 45. Conclusion : Jean-Clément MARTIN, directeur de l’IHRF (Paris I).

***

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